Dialogues différents selon le spectateur, dénouement tragique ou heureux selon ses sentiments du moment : de plus en plus de films exploitent avancées scientifiques et nouvelles technologies pour délivrer des scénarios adaptés à chaque personne… en traquant ses émotions.

On en parle en data marketing, on en parle aussi au cinéma : l’ère de la personnalisation, poussée à l’extrême approche. À la manière des livres dont vous êtes le héros, ces romans ludiques dont la trame narrative change en fonction des choix que vous effectuez, de plus en plus de fictions interactives conçues pour s’adapter à vos préférences, voire à votre subconscient, voient le jour. Elles pourraient bien révolutionner la manière dont nous « consommons » fictions et cinéma. Netflix l’avait déjà fait, à sa manière, en nous poussant à nous terrer chez nous pour binge-watcher jusqu’à plus soif. Demain, même schéma : l’expérience cinématographique ne se fera plus en salle mais seul, chez soi, avec en prime un casque à électroencéphalogramme (EEG) sur la tête.

Des films conçus sur mesure

Début 2018, le chercheur et réalisateur britannique Richard Ramchurn dévoilait « The Moment », un court-métrage d’une trentaine de minutes que le spectateur peut contrôler avec sa pensée et ses émotions. Dit comme ça, on n’y croit pas tellement. En réalité, c’est assez simple. Pendant la diffusion et en fonction de l’activité cérébrale mesurée via EEG, certaines scènes, animations et musiques du film changent, et cela en continu et de façon presque imperceptible. Dans une interview accordée à la MIT Technology Review, Richard Ramchurn, spécialisé en interfaces hommes-machines, le résumait de la sorte : « Le film change en fonction de ce que vous pensez, et ce que vous pensez change le film ». Vous ne faites donc plus qu’un avec l’œuvre, celle-ci devient une extension de votre cerveau et les choix que vous opérez sont a priori inconscients.

Alors que les casques à EEG sont encore incapables de déchiffrer des pensées complexes, le réalisateur s’est pour le moment contenté de mesurer le degré d’attention des spectateurs. Un individu très concentré peut par exemple accéder à des dialogues plus poussés que ceux de son voisin somnolent. À terme, Richard Ramchurn imagine même étendre ses recherches à de plus larges audiences en réalisant une moyenne des émotions générées par tous les spectateurs. À la clé, une œuvre souche déclinée à l’infini grâce à l’apport collaboratif de son public !

Plus récemment, nous découvrions « The Angry River », un court-métrage interactif « augmenté » grâce à une technologie de suivi oculaire. Réalisé par l’Américain Armen Perian, le film s’articule autour des points de vue de 5 personnages clés. En fonction de là où votre regard s’attarde, la suite du film se modifie et si l’un des personnages vous a particulièrement marqué, il se peut que l’intrigue adopte son point de vue jusqu’à la fin du film. Ce n’est en tout cas qu’à la fin que vous le découvrirez. Gratuite et disponible en ligne (optez plutôt pour Firefox), l’expérience requiert que vous allumiez votre webcam. Un algorithme se charge ensuite d’analyser les éléments que vous zieutez en premier.

Les films et séries dont vous êtes le héros !

Les deux fictions relèvent encore du champ de l’expérimentation mais poussent un peu plus loin ce vers quoi Netflix et consorts tendent aujourd’hui. Personnalisation, immersion totale… le spectateur devient de plus en plus maître de sa propre expérience jusqu’à endosser le rôle de réalisateur. Sur la plateforme de sVOD, les plus jeunes peuvent déjà choisir la fin de deux de leurs fictions préférées : « Le Chat Potté » et « Bobby Thunderstuck ».

Mosaic: Official Trailer

Côté HBO, on explore les rives du polar expérimental avec la série interactive « Mosaïc ». Avant de devenir une série traditionnelle découpée en 6 épisode, l’expérience commence quelques mois plus tôt avec une application permettant aux spectateurs de choisir le point de vue de différents personnages au fil du récit tout en menant leur enquête (e-mails, documents…) sur le meurtre évoqué dans le récit.

Du jeu vidéo à la série, il n’y a déjà qu’un pas. Ajoutez-y des neurosciences et vous obtiendrez, dans quelques temps, de nouveaux ovnis narratifs !