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La rentrée littéraire apparaît comme une excellente boussole pour décoder l’imaginaire de l’époque. Elle incarne la haute couture de la fiction, avec un à deux ans d’avance sur le cinéma, les séries TV, les téléfilms… Et pour cause ! De plus en plus de fictions audiovisuelles sont des adaptations de livres.

 

 

Bien raconter son époque, c’est d’abord la comprendre intuitivement. Et c’est peut-être plus facile de le faire avec la liberté d’un outil peu contraignant sur un plan économique : une page blanche, un stylo, un ordinateur. C’est une source d’inspiration fantastique pour tous les storytellers, et pas seulement pour l’industrie de la fiction. La communication des marques et la parole politique sont aussi concernées, car la fiction du possible est une réponse aux frictions du réel. Avant que les choses soient, elles sont imaginées. C’est ce qu’on appelle l’inconscient collectif. Et les livres sont un des accès privilégiés à cet « air du temps ».

 

Cette rentrée des livres est particulière, car la part des nouveaux auteurs y est importante : 94 premiers romans sont édités. Une nouvelle génération fait irruption, et c’est l’occasion de cerner l’œil neuf qui est à l’œuvre. Bien sûr, notre analyse ne vise pas l’exhaustivité des 567 ouvrages publiés. Mais une centaine de livres parmi les plus attendus donnent déjà le ton des sept tendances narratives de la rentrée :

 

1. La famille proche en question, à la recherche du sens perdu. On y raconte les bonheurs et malheurs des origines pour se ré-approprier sa propre histoire et tenter de dépasser les épreuves douloureuses. Loin d’être la valeur refuge, la famille est surtout le creuset de souffrances et d’interrogations. Le déficit de transmission masculine est particulièrement présent cette année (auteurs : Boltanski, de Lamberterie, Boley, Chantreau, Frèche, Orlev, Fel, Mathieu, Cercas, Bulle, Torreton, Dupont-Monod, Fives, Fottorino, Chaon…)

 

2. L’évocation du passé récent, avec un focus particulier sur les guerres du XXème siècle et sur les années 60 à 90. L’avant internet fascine. C’est un univers qui nous parait si lointain alors qu’il ne date que de quelques décennies. Comme si l’avant-surveillance généralisée avait un parfum de liberté, d’aventure, d’alternatives utopiques, de transgressions possibles (auteurs : Bichet, Vallejo, Joncour, Diop, Joncour, Montoriol, Reverdy,…)

 

3. Les parcours d’artistes, métaphores de la création de soi. Comment être libre de sa propre destinée dans une époque aliénante ? Comment résister à l’horreur des contingences du réel ? Comment faire face à la notoriété destructrice ? (auteurs : Perrot, Halliday, Schneider, Greggio, Bosc, Guyotat, Baltassat, Barré, Hoenig, Attal,…)

 

4. Le féminin résilient et combatif. Les choix alternatifs, les leçons de vie, les nouvelles utopies sont souvent portés par des héroïnes et non par le masculin qui semble terrassé par l’échec (auteurs : Smith, Léger, Piégay, Fauré, Liptrot, Foy, Clément, Egan, Bayamack-Tam, Fives, Chantreau, Fitoussi, Varenne…)

 

5. Les fêlures et les doutes du masculin. L’homme est l’auteur de violence, de folie, de meurtre, de spleen, de « lose », de vengeance. Il n’y pas de répit pour lui à l’époque de #balancetonporc (auteurs : Nothomb, Benchetrit, Taillandier, Magriel, Huston, Würger…)

 

6. L’interrogation sur l’image, la photographie, les écrans, les trompe l’œil. A l’heure de la sur-abondance visuelle, le décodage des apparences est plus que jamais révélateur de vérité cachée, de mensonge, de non-dit, de mystère (auteurs : Ferrari, de Kerangal,…)

 

7. L’hyper-présence des problèmes sociétaux : fin de l’ère démocratique, désenchantement du politique, faillite du régalien, conflit social, populisme, terrorisme, nature violentée,… Ce ne sont plus uniquement des sujets « macro » à analyser. Ils ont aussi des conséquences directes dans la vie des personnages. Même Emmanuel Macron fait l’objet d’un éloge funèbre après son assassinat, loin de la trame romanesque de Philippe Besson, l’année dernière (auteurs :Médéline, Sensal, Bégaudeau, Manoukian, Filippetti, Khadra, Rushdie, Carrière, Castel, Servigne, Rumpala,…)

 

Que retenir de l’imaginaire des écrivains pour cette cuvée 2018 ? Pour résister à l’oppression du présent, à l’échec du masculin et à la manipulation des images, quatre issues sont privilégiées : le sens de l’histoire familiale, la nostalgie de l’avant-internet, l’art comme création de soi, les ressources combatives du féminin. Alors maintenant à vos lectures.

JEAN-EMMANUEL CORTADE DE LA SAUSSAY

Fondateur de Story Mind, l’agence d’études marketing spécialisée sur les contenus de média, de marque et de pop-culture. Son métier ? Identifier et tester les bons insights pour l’éditorial, la communication et le planning stratégique. Sa devise ? Bien raconter son époque, c’est d’abord la comprendre. Sa culture ? L’anthropologie car c’est dans le non-dit des comportements que se niche le sens des émotions et l’efficacité des messages.