A lire ici: http://www.slate.fr/story/168119/fascination-francaise-braqueurs

Quand Rédoine Faïd s’est évadé en hélicoptère de prison en juillet, la presse anglo-saxonne a évoqué un style d’évasion «à l’hollywoodienne» du «Roi de la Belle», surprise de constater que le braqueur avait pu s’extirper d’une prison ultra-sécurisée dans laquelle il était isolé des autres détenus.

À l’époque, Béatrice Dalle lui avait apporté tout son soutien sur Instagram, non sans créer la polémique: «Toute la France est avec toi […]bordel, je vais danser le MIA pendant des heures pour fêter ça.» Certes, l’actrice s’était rétractée mais, nous dit la BBC, «en France, il y a toujours quelque chose à propos d’un gangster. Particulièrement s’il n’arrête pas de s’échapper. Particulièrement s’il trouve l’inspiration de ses braquages dans les films hollywoodiens». Le média britannique souligne que le gangster français avait sorti un livre autobiographique et, telle une célébrité, s’était fait interviewer sur des plateaux télé. Rédoine Faïd serait l’incarnation du gangster à la française qui révulse autant qu’il fascine.

L’illusion du Robin des Bois

Ces gangsters ne sont pas pour autant non-violents, continue la BBC. Faïd laisse des blessés et une morte derrière ses braquages, la policière Aurélie Fouquet qui a été tuée dans une attaque à main armée à Villiers-sur-Marne en 2010. D’autres figures idéalisées –Jacques MesrineTany ZampaFrancis le Belge– étaient des braqueurs et des tueurs.

Pour le journaliste de la BBC, cette fascination pour nos gangsters aurait comme point d’ancrage la Révolution française qui légitimerait l’acte de «vider les poches des riches». Rédoine Faïd deviendrait ainsi un Robin des Bois promettant d’éviter la violences avec son mantra «Pas de blessé, pas de mort». Ne blesser personne reviendrait à faire du bon travail de braqueur.

«Ça a aidé aussi qu’il puisse décrire les ressorts psychologiques qui l’ont conduit à faire ce qu’il fait. Les Français adorent ce genre d’intelligence et d’auto-analyse», insiste la BBC. Rédoine Faïd écrit même dans son livre que ce n’est plus l’argent qui le poussait au braquage, mais l’«adrénaline», devenue drogue.

Comme au cinéma

Surtout, il y a cette fascination pour le grandiose, pour le cinéma puisque le peuple français a une «tradition du film de gangster», depuis les classiques des années 1950 –Du rififi chez les hommesClasse tous risques,Touchez pas au grisbi, Les Tontons flingueurs– jusqu’au biopic Mesrine.

Les héros peuvent bien être violents, ils sont aussi des figures romantiques, guidées par des forces obscures, un passé terrible, une enfance difficile, un esprit hors normes.

On sait à quel point Rédoine Faïd a été influencé par le cinéma; il aurait regardé Heat une centaine de fois, se serait inspiré de Point Break de Kathryn Bigelow et de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino. «Les cambriolages sont réalisés comme de véritables scènes de films, auxquels il se réfère en permanence, il est un acteur de ses propres scénarios», a estimé l’expert psychologique à son dernier procès.