Quel est l’impact de la suppression de son compte Facebook ? Des chercheurs de l’Université de New York et de Stanford ont suivi près de 3 000 internautes qui ont décroché du réseau social pendant un mois.

On connaît depuis longtemps le potentiel addictif du plus populaire des réseaux sociaux. Il n’est donc guère surprenant que désactiver son compte Facebook ait des effets bénéfiques sur son bien-être. C’est en tout cas ce que confirme une étude menée par des chercheurs des Universités de New York et Stanford, qui ont suivi 2 844 utilisateurs – recrutés sur Facebook, bien sûr – ayant accepté de désactiver leur compte pendant un mois. Les participants américains, recrutés peu avant les élections de mi-mandat en 2018, ont dû évaluer régulièrement leur humeur pendant la durée de l’expérience.

Bien-être et dépolitisation

Selon l’étude, les effets d’une cure Facebook se feraient ressentir rapidement : une (petite) amélioration du bien-être, plus de temps passé en famille et avec ses amis, mais aussi moins de temps à lire les infos et une tendance à la dépolitisation.

« Facebook, qui reste de loin le plus grand réseau social, compte 2,3 milliards d’utilisateurs actifs », rappellent les chercheurs. « En 2016, les internautes passaient en moyenne cinquante minutes sur Facebook et ses autres plateformes comme Instagram et Messenger. Depuis l’arrivée de la télévision, il n’y a probablement pas de technologie qui ait autant modifié nos façons de communiquer, de nous informer et de passer notre temps ».

 Illustration issue de la série Social Decay du designer roumain Andrei Lacatusu

Malgré l’appel au boycott de la plateforme incarné par le hashtag #DeleteFacebook suite au scandale Cambridge Analytica l’année dernière, les utilisateurs seraient toujours majoritairement réticents à quitter Facebook. Selon une étude datée du 19 décembre, l’utilisateur moyen n’accepterait de désactiver son compte que contre une somme allant de 1 000 à 2 000 dollars.

Une polarisation politique moindre

L’étude, qui met en évidence les bienfaits d’un sevrage de Facebook, confirme que le réseau social a des « effets négatifs sur la santé mentale ». Mais elle suggère également que désactiver son compte a des conséquences politiques sur les individus : « Le fait de quitter Facebook a diminué de manière significative la polarisation des opinions sur les sujets politiques, et réduit l’exposition des sujets aux actualités polarisantes ». Logique, puisque les « réseaux sociaux créent des ‘chambres d’écho’ où se retrouvent des individus partageant des opinions similaires, qui tendent à renforcer la polarisation politique », justifient les chercheurs.

Autre conséquence : les sujets de l’étude étaient moins bien informés pendant leur mois passé sans Facebook. Ils ont déclaré passer environ 15 % de temps en moins à consommer de l’information : « Les participants avaient tendance à moins suivre les actualités politiques, et avait plus de mal à répondre correctement à des questions d’actualité purement factuelles ». Sans doute l’un des uniques désavantages à quitter Facebook, suggèrent les chercheurs. Tout en admettant que si l’enquête s’était davantage étalée dans le temps, ils auraient peut-être observé davantage de participants chercher des sources d’informations alternatives pour compenser ce manque.

Se déshabituer de Facebook

Après un mois passé loin de Facebook, difficile de s’y replonger comme avant. Sans surprise, les individus ont déclaré au terme de l’expérience qu’ils comptaient faire un usage plus sobre du réseau social. Une volonté confirmée par les chercheurs : quelques semaines après l’expérience, les particiants passaient en moyenne douze minutes de moins par jour sur Facebook qu’avant leur mois de décrochage.

Au-delà du temps passé, la plupart des sujets se seraient mis à utiliser la plateforme de manière plus judicieuse après l’enquête. Ils sont nombreux, par exemple, à avoir désinstallé l’application Facebook de leur smartphone. « Cela va également dans le sens des hypothèses selon lesquelles Facebook crée une habitude. Les gens ont pris conscience, plus qu’ils ne s’y attendaient, qu’ils profitaient mieux de la vie sans Facebook », conclut le rapport. Pourtant, seuls 5 % d’entre eux n’avaient toujours pas rouvert leur compte neuf mois après la fin de l’expérience.